Quand le haut potentiel masque d’autres difficultés

Le haut potentiel est souvent utilisé comme une grille de lecture unique, au risque de masquer des troubles anxieux ou dépressifs bien réels. L'intelligence agit alors comme un rempart, intellectualisant la souffrance pour éviter de la ressentir. Cet article invite à distinguer le fonctionnement cognitif de la pathologie et montre comment les TCC et l'ACT permettent de soigner ce qui blesse, sans renier sa singularité.


L'explication refuge : quand l'étiquette cache la forêt

Il arrive que l’on passe des années à croire que tout vient de là. De cette intensité de fonctionnement, de cette lucidité qui s’invite partout, de cette manière singulière de ressentir ce qui échappe aux autres. Beaucoup d’adultes, haut potentiel confirmé ou simplement pressenti, placent sur leur vécu une explication séduisante parce qu’elle rassemble tout en une seule idée. Pendant un temps, cela tient debout. Cela donne une cohérence, une narration, un cadre où ranger le trop-plein. Mais il existe des moments où l’on devine que quelque chose se joue derrière, quelque chose qui n’a rien à voir avec l’intelligence en elle-même.

Le haut potentielcouvre compense et masque souvent ce qui mériterait d’être vu plus tôt.

L'intelligence comme rempart : comprendre pour ne pas sentir

Certains adultes à haut potentiel ont appris très tôt à utiliser la pensée comme d’autres utilisent un rempart. L’analyse anticipait les dangers, la maîtrise verbale faisait office d’armure, la performance venait prouver que tout allait bien. Ce mode de fonctionnement est efficace, parfois même brillant, ce qui le rend d’autant plus trompeur. À force de surfonctionner, il finit par recouvrir ce qui fait réellement souffrir : une anxiété ancienne qui n’a jamais trouvé d’espace, des périodes dépressives silencieuses, une estime de soi plus fragile qu’elle n’y paraît, ou des émotions mises à distance parce que comprendre était plus sûr que ressentir.

Le mimétisme des symptômes : quand l'anxiété se déguise en lucidité

Ce qui complique encore la lecture du vécu, c’est que tout cela peut ressembler au HPI. L’hypervigilance peut passer pour une lucidité exceptionnelle. L’anticipation anxieuse pour une pensée rapide. La fatigue émotionnelle pour une sensibilité accrue. L’épuisement pour un simple « trop réfléchir ». Rien n’est totalement faux, mais rien n’est totalement juste non plus. Le haut potentiel ne crée pas la blessure. Il la rend plus discrète, plus élaborée, plus difficile à identifier.

Si vous avez du mal à distinguer ce qui relève d’une anxiété bien installée de ce qui tient surtout à une tendance à tout analyser, ce quiz “anxiété ou suranalyse” peut offrir un premier repère, sans valeur de diagnostic mais utile pour éclairer ce qui se joue.

Ce que la science dit et ne dit pas

Les ouvrages les plus sérieux sur le haut potentiel, notamment ceux de Nicolas Gauvrit et Nathalie Clobert, rappellent précisément cela : le HPI n’explique pas à lui seul l’anxiété, la rumination, la dépression ou l’épuisement, mais il peut en amplifier chaque mécanisme. Une inquiétude légère devient chronique lorsqu’elle se nourrit d’analyses incessantes. Un doute ordinaire devient un cercle sans fin lorsqu’il s’appuie sur une sur-interprétation du réel. Une émotion forte déborde lorsqu’elle rencontre une intensité interne déjà saturée.

Si vous souhaitez déjà questionner ce que le haut potentiel explique vraiment, et ce qu’il ne suffit pas à expliquer, ce quiz sur les idées reçues autour du HPI peut constituer un premier point d’appui.

Sortir du « Tout-HPI » pour accéder au soin réel

Lorsque le haut potentiel sert de grille de lecture unique, le risque est double : passer à côté de ce qui demande un soin réel, et s’épuiser à réorganiser mentalement ce qui nécessiterait surtout d’être accueilli autrement. C’est souvent lorsque l’édifice vacille que la question apparaît : « Et si ce n’était pas seulement le HPI ? » Cette interrogation ne retire rien à la singularité ni à la vivacité d’esprit ; elle introduit simplement une nuance essentielle. L’intelligence peut beaucoup, mais elle ne peut pas tout.

Écriture thérapeutique

Distinguer fonctionnement et souffrance

Un accompagnement bien mené permet précisément cela distinguer ce qui relève du mode de fonctionnement de ce qui relève de la souffrance. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) offrent des outils efficaces pour repérer les mécanismes qui entretiennent l’anxiété, la rumination ou l’évitement. L’ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement) apporte un travail complémentaire en aidant à observer les pensées sans s’y laisser happer, à cesser de prendre pour vérité tout ce que l’esprit produit, à identifier ce qui compte vraiment et à avancer vers une vie plus cohérente, même lorsque la lucidité rend tout trop dense. Ces approches permettent d’apaiser le trop-plein, de rendre visible ce qui était enfoui sous des années d’analyse et de retrouver un mouvement intérieur qui ne repose plus uniquement sur la performance cognitive.

Ce qui s’apaise vraiment

Le haut potentiel fait partie du décor, mais ce n’est pas lui que l’on soigne. Ce que l’on apaise, ce sont les blessures qui se sont installées autour, les exigences qui se sont durcies, les émotions qui n’ont jamais trouvé leur place. Lorsqu’on cesse de tout expliquer par l’intelligence, quelque chose s’allège, et l’on peut enfin avancer autrement.