Anxiété chez l’adulte HPI : comprendre, différencier et agir
« L'intelligence n'est pas seulement un score, c'est une manière d'être au monde », souligne Jeanne Siaud-Facchin (1). Ce câblage neurologique impose un traitement de l'information sans filtres, où l’anxiété n’est pas une fragilité psychologique, mais la conséquence d'un système nerveux en surrégime permanent.
Le travail thérapeutique, fondé sur les TCC et l'ACT, vise à restaurer la capacité de désengagement attentionnel. L'enjeu est de transformer une activité cognitive souvent vécue comme une surcharge en un outil de décision piloté, afin de retrouver une liberté de mouvement face au flux incessant des pensées.
▶ Pourquoi l’anxiété est-elle fréquente chez les adultes HPI ?
L’anxiété chez l’adulte HPI est la réponse d'un système nerveux confronté à un déficit d'inhibition latente, ne parvenant pas à filtrer les stimuli non pertinents. Ce n'est pas une pathologie, mais le résultat d'une hyper-vigilance cérébrale qui traite chaque information comme une donnée à analyser.
Comme le soulignent Clobert et Gauvrit dans Psychologie du haut potentiel (3), cette réactivité accrue crée une tension de fond liée à une recherche de cohérence permanente. Ce fonctionnement sature le budget cognitif et maintient l'organisme dans un état d'alerte dont il est difficile de se désengager.
▶ Quelle est la différence entre anxiété et rumination chez le HPI ?
L’anxiété correspond à l’état de tension globale du système, alors que la rumination est le processus mental circulaire qui entretient cette tension. Contrairement à la réflexion productive, la rumination tourne à vide sur des questions sans issue, empêchant la résolution émotionnelle.
Pour le HPI, la rumination est une tentative de reprise de contrôle sur l'incertitude. Jean Cottraux (4), référence des TCC en France, définit ces pensées automatiques comme des boucles qui, au lieu d'éclairer le problème, enferment la personne dans une surveillance mentale épuisante.
▶ Quelle est la différence entre anxiété et intensité émotionnelle ?
L’intensité émotionnelle est une caractéristique neurophysiologique du HPI, tandis que l’anxiété est la conséquence de la lutte contre cette intensité. L'émotion est un signal sensoriel direct ; l'anxiété est le "bruit" généré par le mental lorsqu'il tente de contenir, rationaliser ou neutraliser ce ressenti.
Dans l'approche ACT développée par Russ Harris (2), on apprend à laisser l'émotion traverser l'expérience sans y ajouter la souffrance du contrôle. Cliniquement, cette distinction est majeure : on ne cherche pas à réduire l'hypersensibilité, mais à supprimer le conflit intérieur qui transforme l'intensité en angoisse.
▶ Pourquoi le cerveau HPI a-t-il du mal à se mettre au repos ?
Le cerveau HPI peine à se mettre au repos car il échoue à engager le mode par défaut au profit d'une vigilance persistante. Cette surveillance de fond scanne l'environnement et les pensées même en l'absence de sollicitation réelle, maintenant le système en alerte.
Ce "cerveau sans bouton off" est en réalité un système qui sur-utilise ses fonctions exécutives. Le repos classique échoue car il ne suspend pas l'activité analytique. La récupération exige un changement de registre attentionnel pour quitter la tête et revenir aux sens.
▶ Quelle thérapie est adaptée à l’anxiété chez l’adulte HPI ?
Les thérapies les plus adaptées sont les TCC etl’ACT, car elles traitent le processus de pensée plutôt que son contenu. Contrairement à la Mindfulness (pleine conscience) classique qui peut saturer l'attention par l'observation passive, ces approches privilégient l'action engagée et la mise à distance active.
L'enjeu thérapeutique est de restaurer la flexibilité psychologique. Il s'agit d'identifier le moment où l'analyse bascule dans l'hyper-contrôle et d'apprendre des techniques de désengagement pour que l'intelligence redevienne un outil de choix et non plus une contrainte subie.
▶ Peut-on réduire l’anxiété sans arrêter de penser ?
Réduire l’anxiété ne demande pas d'arrêter de penser, mais d'apprendre à se désengager du contenu des pensées. La solution réside dans la défusion cognitive : observer le flux mental comme une production automatique du cerveau sans se laisser mobiliser par chaque sollicitation.
En cessant de répondre à chaque pensée anxieuse par une contre-analyse, on permet au système nerveux de redescendre en pression. C'est l'essence même du travail en thérapie épistolaire qui permet de déposer la charge mentale sans exiger un silence intérieur impossible.
▶ L’anxiété chez le HPI est-elle liée au perfectionnisme ?
Le perfectionnisme de l'adulte HPI est avant tout une intolérance à l'incohérence et au flou relationnel ou intellectuel. Ce n'est pas une quête de performance, mais un mécanisme de survie visant à réduire l'incertitude par une justesse absolue.
Comme l'indique Monique de Kermadec (5) dans L'adulte surdoué, cette exigence de précision maintient un niveau de contrôle extrêmement coûteux, où la moindre zone d'ombre est traitée comme une menace, alimentant ainsi l'anxiété chronique.
▶ Pourquoi l'anxiété du HPI est-elle si forte physiquement ?
L'intensité physique de l'anxiété s'explique par une hyperesthésie qui amplifie les signaux corporels. Ce n'est pas une somatisation, mais la réponse d'un organisme dont le système nerveux autonome est particulièrement réactif aux variations de l'environnement.
Pour Fanny Marais (6) (Femmes à haut potentiel intellectuel et sensible), le corps HPI perçoit le stress avec une acuité biologique supérieure. Cliniquement, cela impose d'intégrer des outils de régulation sensorielle, car le mental ne peut s'apaiser si le corps continue d'envoyer des signaux d'alerte massifs.
Sources cliniques et bibliographie
- (1) Siaud-Facchin, J. (2008). Trop intelligent pour être heureux ? L'adulte surdoué. Éditions Odile Jacob.
- (2) Harris, R. (2022). Passez à l'ACT : Pratique de la thérapie d'acceptation et d'engagement. De Boeck Supérieur.
- (3) Clobert, N. & Gauvrit, N. (2021). Psychologie du haut potentiel : Comprendre, identifier, accompagner. De Boeck Supérieur.
- (4) Cottraux, J. (2020). Les psychothérapies comportementales et cognitives. Elsevier Masson.
- (5) De Kermadec, M. (2011). L'adulte surdoué : Apprendre à faire simple quand on est compliqué. Albin Michel.
- (6) Marais, F. (2022). Femmes à haut potentiel intellectuel et sensible. Leduc Éditions.
Dernière mise à jour le 04 janvier 2026