Hypersensibilité et HPE : Comprendre la haute réactivité émotionnelle
« L’hypersensibilité n’est pas un trait de caractère, c’est une modalité de traitement sensoriel et émotionnel », souligne Nathalie Clobert (3). Cette particularité, souvent associée dans l'usage au HPE (Haut Potentiel Émotionnel), se définit cliniquement par une perméabilité accrue aux signaux de l'environnement et une résonance interne intense. Loin des raccourcis du développement personnel, il s'agit d'une réalité neurophysiologique où le système nerveux traite chaque variation contextuelle avec une précision chirurgicale.
L’enjeu thérapeutique, notamment à travers l'ACT et les TCC, consiste à apprendre à naviguer dans cette intensité pour éviter la submersion. Le travail transforme cette réactivité en une source d'information exploitable, mise au service d'une action engagée et choisie.
▶ Quelle est la définition clinique de l’hypersensibilité ?
L’hypersensibilité, ou Sensibilité de Traitement Sensoriel (SPS), est un tempérament caractérisé par une analyse plus profonde des stimuli et une réactivité émotionnelle supérieure. Il s'agit d'un avantage adaptatif permettant de capter des nuances environnementales indétectables pour la majorité, grâce à une activation accrue des zones cérébrales liées au traitement de l'information.
Comme le décrit Fanny Marais (4), ce fonctionnement repose sur une haute réactivité de l'amygdale et des neurones miroirs. Cela se traduit par une perception fine des nuances de l'environnement, mais aussi par une fatigue plus rapide face à la surcharge sensorielle (saturation).
▶ Qu’est-ce que le Haut Potentiel Émotionnel (HPE) ?
Le terme HPE est utilisé pour décrire une efficience particulière dans le traitement des informations affectives. S'il ne fait pas l'objet d'un consensus diagnostique au même titre que le HPI, il s'adosse aux modèles de l'Intelligence Émotionnelle : la capacité à identifier, comprendre et réguler ses propres émotions et celles d'autrui pour guider sa pensée.
Le HPE n'est pas simplement "ressentir plus", c'est posséder une capacité de mise en lien entre l'affect et la cognition. Comme le suggèrent Clobert et Gauvrit (3), il s'agit d'une intelligence du contexte et du lien social, où l'émotion devient un outil de discernement extrêmement performant.
▶ Pourquoi l’hypersensibilité est-elle souvent épuisante ?
La fatigue des profils hypersensibles provient de la surcharge sensorielle liée à l'incapacité du cerveau à hiérarchiser les informations entrantes. Chaque bruit, chaque variation de ton ou chaque tension relationnelle est traité avec une intensité similaire, consommant un budget cognitif important et saturant les ressources attentionnelles.
Comme l'indique Cécile Bost (5), cette hyper-réceptivité expose à un risque de burn-out émotionnel. Le système nerveux, constamment sollicité, peine à retrouver son équilibre sans des temps de retrait volontaires destinés à faire redescendre la pression de l'organisme.
▶ Quelle est la différence entre hypersensibilité et fragilité ?
L’hypersensibilité est une hyper-réceptivité, pas une vulnérabilité. La fragilité suppose une incapacité à faire face, alors que l'adulte hypersensible possède une résilience souvent forte, à condition que son environnement soit sécurisant. La souffrance ne vient pas de la sensibilité elle-même, mais de l'effort permanent pour la masquer (sur-adaptation).
En thérapie, on distingue le "trait" (la sensibilité innée) du "trouble" (l'anxiété qui peut en découler). Être hypersensible signifie posséder un instrument de mesure très précis ; le travail consiste à apprendre à lire cet instrument sans être terrassé par l'intensité de ses propres mesures.
▶ Pourquoi le lien social est-il si intense pour un HPE ?
Pour un profil HPE, la relation à l'autre active une hyper-résonance émotionnelle. Le cerveau capte les non-dits, les micro-expressions et les ambiguïtés relationnelles, transformant chaque échange en un espace dense et chargé d'informations que le mental tente de décoder en temps réel.
Cette intensité peut mener à un sentiment de décalage ou à une volonté de retrait pour se protéger du flux émotionnel d'autrui. Cliniquement, l'enjeu est de poser des limites pour que l'empathie ne se transforme pas en une absorption émotionnelle subie, un sujet central en thérapie épistolaire.
▶ L’ACT est-elle efficace pour l’hypersensibilité ?
La thérapie ACT (Acceptation et Engagement) est particulièrement adaptée car elle ne cherche pas à réduire la sensibilité. Elle propose de pratiquer la défusion cognitive : observer l'émotion intense sans fusionner avec elle, afin de conserver sa capacité d'action même en pleine tempête affective.
Russ Harris (2) souligne que la lutte contre l'inconfort émotionnel crée plus de souffrance que l'émotion elle-même. Pour l'hypersensible, l'ACT offre un cadre pour "faire de la place" à l'intensité sans la laisser dicter le comportement ou paralyser la décision.
▶ Peut-on "guérir" de son hypersensibilité ?
On ne guérit pas d'un tempérament neurobiologique, mais on apprend à réguler son impact. L'objectif n'est pas de devenir moins sensible, mais de gagner en flexibilité psychologique. Il s'agit de passer d'une sensibilité subie (submersion) à une sensibilité intégrée (outil de discernement).
Le travail en TCC permet de repérer les schémas de pensée qui amplifient l'émotion et de rééduquer le système de réponse au stress. En comprenant la mécanique de sa propre réactivité, le patient retrouve un sentiment de maîtrise et de sécurité intérieure face à sa propre intensité.
Sources cliniques et bibliographie
- (2) Harris, R. (2022). Passez à l'ACT : Pratique de la thérapie d'acceptation et d'engagement. De Boeck Supérieur.
- (3) Clobert, N. & Gauvrit, N. (2021). Psychologie du haut potentiel : Comprendre, identifier, accompagner. De Boeck Supérieur.
- (4) Marais, F. (2022). Femmes à haut potentiel intellectuel et sensible. Leduc Éditions.
- (5) Bost, C. (2022). Surdoués : s'intégrer et s'épanouir dans le monde du travail. Vuibert.
Dernière mise à jour le 04 janvier 2026.