Syndrome de l’imposteur et HPI : décrypter le sentiment de décalage
Le sentiment d'imposture chez l'adulte HPI provient d'un conflit de normes persistant. Sur le plan clinique, cette dissonance entre un traitement intuitif de l'information et les attentes sociales classiques crée une impression de fraude permanente, masquant un simple décalage de vitesse et de profondeur.
L’enjeu thérapeutique, notamment à travers l'ACT et les TCC, consiste à stabiliser l'identité face à ce sentiment de décalage. Le travail transforme cette impression d'anomalie en une compréhension de sa propre architecture cognitive, permettant de retrouver une légitimité d'action choisie.
▶ Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur chez l'adulte HPI ?
Le syndrome de l'imposteur est une expérience cognitive où l'individu attribue ses réussites à des facteurs externes (chance, contexte, erreur d'autrui) plutôt qu'à ses aptitudes. Chez le HPI, ce phénomène est amplifié par l'acquisition rapide de compétences : la facilité à résoudre des problèmes complexes crée un biais de perception où ce qui est simple pour soi semble sans valeur réelle.
Comme le souligne Nathalie Clobert (3), ce sentiment de fraude persiste car le sujet ne parvient pas à intégrer ses propres capacités comme une norme interne. La réussite est vécue comme un malentendu, maintenant une peur constante d'être démasqué dès que le niveau d'exigence augmente.
▶ Pourquoi le HPI ressent-il un décalage permanent avec autrui ?
Ce décalage provient d'une asynchronie entre la vitesse de traitement de l'information et les standards de communication habituels. L'adulte HPI perçoit des liens et des conclusions avant même que le raisonnement linéaire ne soit achevé par ses interlocuteurs, créant une impression de solitude intellectuelle ou de "déphasage".
Ce fonctionnement est accentué par un mode de traitement global de l'information, où le cerveau explore plusieurs hypothèses simultanément. Ce processus, tel qu'observé dans la pratique clinique, repose sur une activation diffuse des réseaux neuronaux captant des signaux faibles, ce qui place l'individu dans une lecture du monde structurellement différente de la norme statistique environnante.
▶ Quel est le lien entre perfectionnisme et imposture ?
Le perfectionnisme agit comme une stratégie de défense face à la peur d'être démasqué comme "imposteur". En s'imposant des standards inaccessibles, l'adulte HPI tente de compenser sa prétendue illégitimité par une hyper-maîtrise technique ou intellectuelle, saturant ainsi ses ressources pour éviter l'échec perçu comme une preuve de fraude.
Monique de Kermadec (5) explique que cette quête de l'excellence absolue renforce le syndrome de l'imposteur : si la réussite n'est pas parfaite, elle confirme la fraude ; si elle l'est, elle n'est vue que comme le résultat d'un effort démesuré et non d'un talent naturel.
▶ Pourquoi l'imposture génère-t-elle de l'anxiété sociale ?
L'anxiété sociale naît de l'effort de camouflage cognitif (ou masking). Pour s'intégrer, le HPI ou HPE tente de calquer son débit de pensée et ses réactions émotionnelles sur son environnement. Cette surveillance constante de soi génère une peur d'être perçu comme "trop" ou "bizarre", maintenant le système nerveux dans une alerte permanente.
L'individu craint que sa véritable nature — sa complexité et son intensité — ne soit découverte et rejetée. Cliniquement, cette vigilance épuise le budget attentionnel et transforme les interactions simples en épreuves de performance identitaire coûteuses.
▶ Comment l'ACT aide-t-elle à traiter le sentiment de décalage ?
La thérapie ACT permet de pratiquer la flexibilité psychologique face aux pensées d'illégitimité. Au lieu de lutter pour "prouver" sa valeur, on apprend à observer le sentiment d'imposture comme une production automatique du cerveau, sans le laisser dicter ses choix de vie ou de carrière.
Russ Harris (2) souligne l'importance d'agir en direction de ses valeurs, même en présence du doute. Pour l'adulte HPI, l'enjeu est de désamorcer la fusion avec l'étiquette de "fraude" pour investir ses projets avec une légitimité retrouvée par l'action engagée.
▶ Peut-on se libérer définitivement du syndrome de l'imposteur ?
On ne supprime pas un mécanisme de pensée, mais on modifie la relation au doute. La libération réside dans l'intégration de sa propre singularité cognitive : comprendre que le décalage est une réalité statistique, c’est-à-dire un fonctionnement minoritaire par rapport à la norme, mais cohérent en lui-même, et non une faille personnelle permet de restaurer une estime de soi stable.
Le travail en TCC aide à identifier les biais d'attribution et à rééduquer la lecture des succès personnels. À travers la thérapie épistolaire, l'écriture guidée permet de reconstruire un récit de soi cohérent, validant son parcours sans le filtre de la suspicion interne.
Sources cliniques et bibliographie
- (2) Harris, R. (2022). Passez à l'ACT : Pratique de la thérapie d'acceptation et d'engagement. De Boeck Supérieur.
- (3) Clobert, N. & Gauvrit, N. (2021). Psychologie du haut potentiel : Comprendre, identifier, accompagner. De Boeck Supérieur.
- (5) De Kermadec, M. (2011). L'adulte surdoué : Apprendre à faire simple quand on est compliqué. Albin Michel.
Dernière mise à jour le 05 janvier 2026.