Diagnostic HPI tardif : naviguer entre soulagement et crise de milieu de vie

Le diagnostic de haut potentiel à l’âge adulte intervient fréquemment lors d'une phase de transition, agissant comme un révélateur significatif après de longues périodes de suradaptation.

L’enjeu thérapeutique, porté par l'ACT et la thérapie épistolaire, consiste à transformer ce séisme identitaire en un projet de cohérence. Le travail vise à reconstruire un récit de soi qui ne soit plus dicté par le sentiment de décalage, mais par une intégration assumée de sa propre architecture cognitive.

Pour une présentation générale du haut potentiel adulte (ce que le HPI recouvre, ce qu’il n’explique pas), voir Le haut potentiel adulte (HPI).


▶   Pourquoi le diagnostic HPI survient-il souvent entre 35 et 50 ans ?

Dans la pratique thérapeutique, le diagnostic tardif est fréquemment déclenché par l'identification du haut potentiel chez son propre enfant. Ce "choc miroir" interpelle l'adulte en milieu de vie, au moment où les stratégies de suradaptation habituelles commencent à montrer leurs limites physiologiques et psychiques, un phénomène d'épuisement documenté par Cécile Bost (3).

Comme le souligne Nathalie Clobert (2), ce timing correspond souvent à une saturation du "faux-self". L'individu peut éprouver des difficultés à maintenir l'effort de conformité, et la découverte du HPI offre alors une clé de lecture indispensable pour comprendre ce sentiment d'étrangeté persistant que les cadres classiques n'avaient pas pleinement éclairé.

▶   Quelles sont les étapes émotionnelles après une découverte tardive ?

L'identification du HPI à l'âge adulte déclenche cliniquement une phase de relecture biographique intense. Elle commence généralement par un soulagement notable ("Je ne suis pas seul dans ce cas"), suivi fréquemment d'une phase de deuil et de réévaluation du parcours. Selon les cadres de la psychologie du haut potentiel (2), on revisite alors son propre parcours d'enfant et les choix de carrière qui ont pu être influencés par ce défaut de connaissance de soi.

▶   Pourquoi la découverte du HPI peut-elle fragiliser les relations existantes ?

La révélation du diagnostic modifie parfois l'équilibre du système relationnel. En cessant de sur-ajuster son débit ou ses besoins, l'adulte HPI peut être perçu comme plus affirmé ou moins flexible par son entourage. Comme le décrit Cécile Bost (3), l'abandon progressif des mécanismes de camouflage qui maintenaient un équilibre apparent peut générer des frictions temporaires au sein du groupe ou du couple.

Cliniquement, cette phase demande une attention particulière. L'enjeu est de ne pas transformer le diagnostic en un mur de séparation, mais en un outil de traduction. Expliquer son mode de fonctionnement plutôt que de l'imposer permet d'inviter l'autre dans cette nouvelle lecture de soi sans rompre la continuité du lien.

▶   Comment l'écriture aide-t-elle à reconstruire son récit de vie ?

La thérapie épistolaire structurée permet de sortir du flux parfois désordonné des pensées pour matérialiser son histoire. En déposant son parcours par écrit, l'adulte HPI peut réévaluer ses expériences passées sous l'angle de sa singularité cognitive. L'écrit offre la distance nécessaire pour transformer une "anomalie subie" en une caractéristique structurelle cohérente.

▶   Comment éviter que le diagnostic ne devienne une nouvelle prison identitaire ?

Le risque après un diagnostic tardif est de vouloir tout expliquer par le prisme unique du HPI. Dans la pratique thérapeutique, on veille à intégrer le haut potentiel comme une donnée de l'architecture mentale, et non comme la définition totale de l'être (2). Une lecture trop exclusive pourrait limiter la liberté d'action.

L'objectif est d'atteindre une forme de neutralité cognitive : le HPI est un outil pour comprendre ses besoins de stimulation et de sens, mais il ne doit pas dicter chaque choix. On apprend à habiter sa singularité sans en faire un carcan qui entraverait la spontanéité ou l'ouverture à l'imprévu.

▶   Comment l'ACT permet-elle de se projeter après le diagnostic ?

La thérapie ACT permet de ne pas rester focalisé sur le passé. Une fois la relecture effectuée, l'enjeu est d'orienter l'action en s'appuyant sur les processus de flexibilité psychologique décrits par Russ Harris (4). En identifiant ses valeurs réelles, l'adulte HPI peut enfin poser des actions engagées. La question n'est plus seulement "pourquoi suis-je ainsi ?", mais "comment construire une vie riche avec ce fonctionnement ?".

Sources cliniques et bibliographie

  • (2) Clobert, N. & Gauvrit, N. (2021). Psychologie du haut potentiel : Comprendre, identifier, accompagner. De Boeck Supérieur.
  • (3) Bost, C. (2011). Différence et souffrance de l'adulte surdoué. Éditions Vuibert.
  • (4) Harris, R. (2022). Passez à l'ACT : Pratique de la thérapie d'acceptation et d'engagement. De Boeck Supérieur.

Dernière mise à jour le 05 janvier 2026.